interview sur l’histoire de l’email depuis 1980 et les changements apportés par les réseaux sociaux et les smartphones

Interview de Christine Balagué, responsable de la chaire réseaux sociauxde l’Institut Mines-Télécom etmembreduConseil nationaldunumérique

Face à l’explosion des réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou LinkedIn, on entend souvent proclamer la « fin du mail ». N’est-ce pas prématuré ?

En France, tout le monde n’est pas encore sur Twitter! L’email a encore une longue vie devant lui, ne serait-ce que parce que l’on se connecte aux différents réseaux sociaux grâce au mail. Pour l’instant, le courrier électronique reste le moyen le plus efficace de faire la synthèse de la communication multicanale des individus.

Mais nous assistons en effet à un transfert des comportements individuels du mail vers les réseaux sociaux. Aujourd’hui, il est beaucoup plus simple d’envoyer un message par Facebook que d’écrire un courriel.

L’e-mail est dépassé ?

La transformation des usages est portée par la technologie. Et le mail est une technique ancienne…
Entre 1980 et 1995, nous sommes dans l’ère de la bureautique.
Passé 1995, nous assistons à l’arrivée des ordinateurs à la maison et à celle d’Internet.
C’est l’époque du Web 1.0 : je consulte de l’information en ligne, et j’échange par e-mail.
Nous connaissons une nouvelle phase depuis 2008, avec le déploiement des interfaces tactiles, qui sont presque devenues un prolongement de notre corps. Nous passons à l’époque du partage, où tout est fait pour échanger des informations.

Les smartphones puis les tablettes sont arrivés, et l’on peut partager une photo en un geste avec des outils comme Instagram.

Logiquement, l’utilisation des mails diminue.

La transition se fait aussi rapidement ?

Pour qu’une technologie soit adoptée, il faut deux conditions :

– D’abord la facilité d’utilisation. La manipulation de l’outil doit se comprendre tout de suite, les gens n’utilisent que ce qui n’est pas compliqué.
Ensuite, il faut que la technologie n’apparaisse pas aux yeux de l’utilisateur. Un échange sur messagerie instantanée, c’est comme dans la vraie vie quand on discute au bar.
– Il faut « humaniser » les interfaces.

Les réseaux sociaux répondent aux deux critères…
Comme ils sont très simples à l’usage, les individus basculent très vite. Mais, en entreprise, les choses sont plus compliquées.
Pour l’instant, les réseaux professionnels sont encore trop « techno » et pas assez basiques pour être utilisés à large échelle.
Il ne faut jamais oublier que les technologies sont excluantes et que beaucoup ne savent pas bien comment ces outils peuvent s’utiliser.

Bien sûr, certains domaines y viendront plus vite que les autres. Dans les entreprises innovantes, par exemple, où l’on a besoin de partager des informations à plusieurs.
Ce que le mail fait avec difficulté.

Les entreprises demeurent assez prudentes. Pourquoi ?

Elles s’interrogent beaucoup à propos des conséquences sur le mode de management : il faut apprendre à gérer des collaborations horizontales, ce qui n’est pas une habitude.
Ou réfléchir sur la manière d’évaluer un cadre : un bon profil est-il celui qui est visible sur le « Facebook interne » ?

Propos recueillis pour Le Monde par J. D.-C.

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