La machine arrière d’Atos (SSII) sur l’ambition « zéro e-mail »

Objectif « zéro e-mail ». En février 2011, la déclaration radicale de Thierry Breton avait fait le tour du monde (ou presque).

Le PDG d’Atos avait été le premier à vouloir « surfer » sur la déferlante anti courriel.
Radical, il voulait les proscrire des communications internes à l’entreprise avant 2014.

Deux ans plus tard et un an avant la fin du compte à rebours, où en est Atos ?

Le discours s’est fait plus prudent.
Le secrétaire général du groupe, Philippe Mareine, assure qu’il n’a jamais été question de « supprimer l’e-mail ». D’ailleurs, la communication avec l’extérieur se fait toujours par mail, et certains messages juridiques ou formels se feront toujours par courriel, assure M.Mareine.

« BlueKiwi [le réseau social d’entreprise] n’a pas pour vocation de rationner notre communication.
Quand on discute avec 50 pays, il faut avoir un échange fluide. Nous souhaitons mieux communiquer, de façon plus efficace et plus collaborative. Le “zéro e-mail”, c’est un concept managérial de transformation de notre entreprise.»

Le PDG lui-même utilise encore largement sa messagerie électronique.
«Thierry Breton communique toujours par e-mail avec ses salariés ! Dans les mentalités, la notion de “zéro e-mail” n’est pas crédible. Il faut certes réduire les courriels, mais il y a des échanges qui doivent se produire», explique la déléguée syndicale CFDT Marie-Christine Lebert.

En interne, le déploiement du réseau social de l’entreprise avance lentement. Atos a d’abord voulu s’équiper d’une solution ad hoc.
Ce n’est qu’en avril 2012 que la Société de services en ingénierie informatique a racheté blueKiwi pour 20 millions d’euros.
La solution a été déployée au sein du groupe en novembre 2012. « On a vu arriver les procédures de comptage des mails avant même la mise en place d’outils pour en réduire le nombre », déplore Mme Lebert.

Du côté de la direction, on reste positif. « Aujourd’hui, la quasi-totalité des collaborateurs d’Atos sont équipés et nous comptons près de 25 000 utilisateurs actifs, environ un tiers de la population du groupe, assure Philippe Mareine. Aucune entreprise de notre dimension n’a pris une telle initiative.»
Il souligne aussi que 15 % seulement des courriels reçus dans l’entreprise sont utiles, le reste « empiète sur la vie privée ». D’une manière générale, l’outil « ne correspond plus aux manières de travailler des jeunes générations ».

Chronophages

Au final, le concept du « zéro e-mail » a peut-être desservi le groupe.

C’est ce qu’estime Didier Frochot, spécialiste du droit des technologies de l’information et cofondateur de la société Les Infostratèges. « Quand on force les slogans, il faut se méfier des simplifications », affirme-t-il, même s’il pense que « l’idée mérite d’être creusée : c’est vrai que les e-mails sont devenus chronophages.
Si on ne s’astreint pas à maîtriser les flux, c’est comme partager son bureau avec un collègue bavard».

Voilà pourquoi Didier Frochot pense que le plus important est de mettre en place des règles de bonne conduite, quel que soit le vecteur de communication.
« Quand les réseaux sociaux seront implantés partout, on risque de leur adresser dans quelques années ce que l’on reproche aux courriels aujourd’hui », prévient Didier Frochot.
De ce point de vue, il reste du travail, estime Mme Lebert. Pour la syndicaliste, Atos ne fait pas assez de pédagogie à cet égard : « Nous n’avons rien vu sur le terrain, à part quelques cartes postales avec des bonnes pratiques, mais rien de sérieux. »
Heureusement, il reste quelques mois pour remplir l’objectif initial…

Margherita Nasi

source : Le Monde

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